Le Grand Hotel Bellevue à 100 ans Voici son Histoire

Les documents connus concernant l’Hôtel Bellevue offrent la possibilité intéressante de suivre les modifications de sa façade au fil du temps. D’autant plus que l’activité d’hôtel-restaurant existe depuis le début du XXème siècle, date du premier document. Compte-tenu de l’évolution progressive du bâtiment, il est inconcevable de revenir à l’état d’origine comme suggéré lors de dénaturations récentes dues à la pose agressive de PVC. On parlera plutôt ici de lente altération à laquelle il faudra remédier subtilement. L’occasion pour chacun de se rendre compte que la sauvegarde du patrimoine est une question délicate qui n’attend pas des grands principes mais plutôt une approche sensible et réfléchie

Début XXème siècle L’hôtel occupe deux immeubles voisins, l’un fait l’angle, l’autre le prolonge sur le front de mer. Tous deux présentent une façade de style urbain Napoléon III, avec des bandeaux et des chaînages beiges sur un fond en briques rouges. Tous les garde-corps sont en ferronnerie de teinte foncée. Sur les porte-fenêtres sont posés des persiennes repliables en tableaux, sur les fenêtres des volets battant persiennés. L’espace jardin d’origine est occupé par la terrasse du restaurant abrité par des toiles rayées. La clôture sur rue en ferronnerie est présente

Première moitié du XXème siècle Les enseignes ont été modifiées et dégagent les garde-corps des fenêtres d’angle. Les volets de la fenêtre du dernier niveau ont disparus, ce qui rend lisible leur encadrement. En revanche, la terrasse a été aménagée : des coupe-vent latéraux ont été posés, des stores rayés de grande largeur abritent les consommateurs. La brique n’a été conservée que pour former des encadrements de baies, le fond des façades est enduit. Le rapport coloré des façades est inversé : soubassement et encadrements sombres sur façade claire alors qu’auparavant les décors se détachaient en clair sur le fond sombre des briques

Années 1950 Les temps changent, les modes et les techniques aussi. La situation économique, sociale et humaine après les deux guerres mondiales en est une des explications principales. Les deux immeubles ne sont plus différenciés que par leur hauteur :

- même ravalement uniforme faisant disparaître la brique et les décors de bandeau, d’encadrement de baie, de corniche travaillée ;
- même corniche géométrique peu saillante ;
- mêmes garde-corps à lisses horizontales remplaçant les balcons filants du petit immeuble du front de mer et ceux séparés de l’immeuble d’angle ;
- les lucarnes ouvragées de l’immeuble en front de mer ont disparu, laissant place à un lourd "chien assis" à 3 baies ;
- la terrasse est close par un muret maçonné, complété par un pare-vent vitré à effet de pergola.

1983 Sur le front de mer, sans doute pour augmenter le standing des chambres, des balcons sont ajoutés aux trois baies du deuxième étage avec des garde-corps semblables à ceux déjà existants

2005 Le secteur sauvegardé a été créé, Mers-les-Bains prend conscience de son patrimoine et découvre l’esprit "balnéaire" notamment au travers du style "anglo-normand". Les façades du front de mer puis des rues adjacentes reprennent quelques couleurs. Dans ce contexte, le nouveaux ravalement de l’hôtel Bellevue arbore une teinte jaune ocrée assez soutenue agrémentée d’un décor de faux pan de bois rouge. En contrepoint, toutes les ouvertures ont été équipées de lambrequins ou de stores bleus. Les garde-corps ont été repeints de la même couleur. Afin d’accueillir une clientèle plus régulière, la terrasse a été fermée par une construction à toiture plate. Là aussi, tous les stores et le dais protégeant l’entrée sont bleus. L’enseigne peinte sur la rue a été conservée et repeinte en blanc sur fond bleu. "HOTEL" en lettres lumineuses s’affiche sur le pan coupé de l’angle. Cette dernière enseigne, bleue elle aussi, remplit certainement très bien son rôle de signalisation commerciale. Elle brouille par ailleurs la lecture de l’architecture du pan coupé et celle du décor de faux pans de bois. Concernant les menuiseries : l’entrée d’origine, trop étroite pour les normes du XXIème siècle a été élargie. Dans le même temps, un escalier extérieur a été construit, dépassant largement sur le trottoir, complété de part et d’autre par des rampes modernes très simples.

Ce que l’on pourrait faire L’histoire de ces deux immeubles formant un seul et même établissement depuis un siècle environ montre comment, de modifications en adaptations, un immeuble de style Napoléon III est devenu une bâtisse aux décors d’inspiration "balnéaire anglo-normande". Aujourd’hui, un retour à l’état d’origine semblant vain, quelques pistes pourraient être suivies : sur un ravalement de teinte plus douce (beige, gris clair, gris rosé, beige grisé, etc) des encadrements de baies plus clairs pourraient redonner force à la composition des façades ; des garde-corps en ferronneries pourraient remplacer plus légèrement ceux en place ; sans nuire à l’unité de l’activité, la différenciation des deux immeubles d’origine pourrait être recherchée.

Source : http://www.culture.gouv.fr - Les cartes anciennes appartiennent à Monsieur Jean Louis Allegrand - Photo Francoise Richard

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